Les raisons à ce constat sont nombreuses et expliquent que le taux d'abstention ne cesse de grimper depuis 30 ans : de 36,8 % en 1979 à 67,3 % en 2002 (les chiffres élection par élection sont consultables ici).

La première et principale de ces raisons est le décalage flagrant entre l'objectif "normal" attendu de ce vote : élire des magistrats non-professionnels chargés de dire et faire appliquer le droit du travail et l'objectif avoué des syndicats : évaluer le rapport de force entre syndicats et "le chemin restant à parcourir pour conserver ou obtenir le droit de négocier un  accord social".

Comme le rappelle d'ailleurs le journal Le Monde dans cet article sur leur site, "les élections prud'homales qui se déroulent mercredi 3 décembre sont d'abord politiques et identitaires. A cette occasion, chaque organisation syndicale veut démontrer son influence auprès des quelque 18 millions de salariés du secteur privé invités à voter."

De l'aveu même du secrétaire général de Force Ouvrière Jean-Claude Mailly, "les élections auront un impact politique, ce sera une étape de la  représentativité".

C'est bien tout le problème. Les syndicats font des élections prud'homales uniquement une affaire politique, à coup de revendications plus farfelues les unes que les autres, alors qu'il ne devrait pas s'agir de cela. En se portant candidat, les futurs conseillers prud'homaux devraient avant tout garder à l'esprit la lourde responsabilité qu'ils auront, pendant plusieurs années, à juger des litiges de droit du travail parfois juridiquement complexes, souvent humainement très douloureux pour les parties.

Rappelons que les conseillers prud'homaux, dans leur rôle de juges, se doivent d'être impartiaux et de s'en tenir à la strice application du droit.

Les slogans pour inciter à voter semblent l'oublier, quelques perles :

  • CFTC : "pouvoir s'opposer, toujours proposer" : La CFTC s'engage pour des salaires plus justes, pour une participation des salariés aux décisions de l'entreprise, pour le droit à la santé, pour un temps de travail respectueux de la vie privée ...
  • CGT : "la CGT, une force à vos côtés". Voter CGT, c'est adresser le message le plus clair au gouvernement et au patronat pour appuyer les revendications ...
  • CFR-CGC : "le plus syndical" : la CFE-CGC défend votre qualité de vie, votre pouvoir d'achat et vos droits.
  • CFDT : "parce que vous avez droit au respect"
  • UNSA : "notre rôle est de vous défendre, afin que vous soyez à armes égales avec vos employeurs.
  • FO : "ne restez pas sans voix, ne restez pas sans choix, votez FO".

A la lecture des "programmes" de chacune des listes de ces syndicats, vous aurez noté l'impression générale qui s'en dégage que l'on vote pour tout et n'importe quoi, mais vraisemblablement pas pour élire des magistrats.

C'est pourtant ce qui arrive en fin de compte avec toutes les conséquences que l'on sait et que j'ai déjà relaté, par exemple, dans l'article sur une audience ordinaire au Conseil de Prud'hommes de PARIS.

Le constat de (dys)fonctionnement de ce Conseil a permis d'entamer un dialogue sous forme de commentaires ou de mails avec plusieurs conseillers prud'homaux et défenseurs syndicaux, échanges qui feront l'objet d'un futur prochain article, complété par un autre sur le problème de la légitimité des conseillers prud'homaux et de la spécificité de la juridiction prud'homale française.

Ajout : le taux d'abstention est de 74,5 %, soit près de trois électeurs sur quatre qui n'ont pas été votés.