Écartons d'emblée la multitude de dossiers "stéréotypés" (ne voyez dans l'utilisation de ce terme aucune connotation péjorative) que j'ai parfois à traiter et intéressons nous à l'essentiel de mon activité, le droit du travail et plus spécifiquement la défense des intérêts des salariés.

Ma façon d'appréhender une nouvelle affaire va essentiellement dépendre de deux facteurs : le stade d'avancement du contentieux et la personnalité du client.

Concernant le premier point, lorsque je suis contacté pour traiter un dossier, le client peut se trouver dans trois grandes situations possibles :

  • il reproche un certain nombre de comportements à son employeur et souhaite le quitter de la meilleure façon possible (rapidement et avec les meilleures garanties)
  • le contrat de travail a déjà été rompu et le salarié conteste cette rupture
  • le salarié a déjà entamé seul ou "mal assisté" une procédure prud'homale qui peut parfois en être déjà au stade de la Cour d'Appel

Concernant le deuxième point, il existe deux grandes catégories de clients : le client décidé et le client indécis.

Le client décidé, c'est celui qui a réalisé que pour gérer au mieux la situation dans laquelle il se trouvait, il avait impérativement besoin d'un avocat, moi en l'occurrence. Il s'est donc généralement renseigné auparavant par le bouche à oreille ou sur Internet sur l'intérêt de recourir à un avocat et sur le coût d'intervention de ce dernier.

Si j'aborde avec lui la question des honoraires et le fait que leur montant et leur recouvrement seront définis par une convention d'honoraires que nous signerons dès le premier rendez-vous, ce n'est pas sa préoccupation principale. Il souhaite avant tout être écouté, rassuré et guidé pour affronter cette situation et privilégie d'abord la relation que nous allons nouer au coût de mon intervention.

De son côté, le client indécis ne sait pas encore s'il va recourir ou non à un avocat et cela pour deux raisons principales : il pense être à même de régler seul sa situation (tout le monde lui répétant que mener une procédure prud'homale ou négocier une transaction est simple et à la portée du premier venu) mais surtout, il veut s'éviter à tout prix des dépenses excessives et imprévisibles.

Pour lui, la question des honoraires est primordiale et c'est d'ailleurs là-dessus qu'il m'interroge d'abord avant même de me parler de sa situation, entraînant de ma part toujours la même réponse, à savoir que je ne pourrai lui en dire plus sur la question que lorsque j'en saurai plus sur ce que j'aurai à faire dans son dossier.

La difficulté de ce type de client est que même s'il me confie finalement son affaire, il va bien souvent subsister une certaine "méfiance" à mon égard, la perte de contrôle sur son dossier le terrorisant (le terme n'est pas trop fort, bien au contraire). Tout le problème est là car il ne peut y avoir deux capitaines au commande. Ce client est très reconnaissable car lors du premier rendez-vous, il me donne ses pièces une à une très lentement (souvent dans le désordre d'ailleurs), parle beaucoup et s'évertue à ne pas répondre à mes questions qui ne vise qu'à recentrer le débat. Généralement, le rendez-vous dure alors très longtemps.

Ce type de client court tout droit, en nous y entraînant, à la catastrophe car son comportement augmente considérablement les risques, à qualité de dossiers égale, qu'il n'obtienne finalement pas ce qu'il est venu chercher dans mon cabinet.

Face à lui, je suis alors obligé très rapidement de recadrer les choses en lui réexpliquant au besoin le rôle de chacun. Si le client connait le mieux "le factuel" dans son dossier (les dates, les noms, les événements ...), c'est l'avocat qui est à même de gérer le mieux "le juridique". C'est au client de nous dire où il souhaite aller, à nous de lui dire si c'est possible ou pas et si cela l'est, après s'être mis d'accord sur une stratégie, de l'y amener en le faisant participer par la recherche de preuves (c'est là l'essentiel de son rôle).

Rien n'est plus dangereux pour lui-même qu'un client qui fait appel à moi mais tente à plusieurs reprises de m'imposer (pas seulement proposer) des façons de procéder inadéquates (pour rester poli).

L'élaboration de la stratégie d'un dossier suit généralement trois étapes :

  • le premier rendez-vous durant lequel le client présente la situation et expose ses aspirations. De mon côté, je lui propose déjà une ébauche de stratégie et nous discutons surtout des éléments de preuve et des moyens de les obtenir.
  • un temps plus ou moins long (quelques jours à plusieurs mois) pendant lequel le dossier travaille dans ma petite tête et que le client met à profit pour réunir les éléments de preuve.
  • le point définitif sur le dossier que je fais avec le client une fois toutes les preuves "obtenables" en ma possession. Le dossier passe alors dans sa phase active visible pour la partie adverse, soit par la lettre que je lui envoie pour cristalliser le contentieux, soit par la saisine directe du Conseil de Prud'hommes.

Certains clients s'inquiètent de mon silence pendant la deuxième étape, supposant à tort que je délaisse leur dossier. Si cela peut être le cas matériellement parlant, je reste impliqué intellectuellement dans tous mes dossiers en cours, tant que je n'ai pas trouvé la meilleure stratégie à lui appliquer. C'est mon côté "pitbull" (toute ressemblance avec des propos tenus par une "célèbre" consœur serait sans aucun doute fortuit).

En effet, il faut garder à l'esprit que l'objectif premier du client est d'obtenir ce qu'il est venu chercher en nous consultant et que nous lui avons dit être réalisable et comme je déteste perdre ... je me dois donc de gagner, pour mes clients d'abord et pour moi ensuite (CQFD).

Pour conclure, l'implication est à mon avis le fondement de notre profession et de toute profession de services et est le critère essentiel de ce qui fait d'un avocat un bon avocat, à côté bien évidemment de celui, plus évident, de la compétence. Si nous devons avoir un certain recul vis à vis de nos dossiers pour garder la tête froide, il est impératif de ne pas perdre de vue les intérêts du client car c'est cela, avant tout autre chose, qui donne un sens à notre action. Certains confrères souvent plus âgés, semblent l'avoir oublier.