Première constatation : les avocats sont surtout localisés dans certaines régions névralgiques : tout d'abord Paris et toute l'Ile de France, puis la Provence-Alpes-Côte d’Azur et le Rhône-Alpes.

Deuxième constatation : le nombre d'avocats est en augmentation constante au niveau tant national que local. En vingt ans, l'effectif a doublé et le nombre total d'avocats est aujourd'hui de près de 45.000 dont 21.000 à Paris.

Ce nombre est à rapprocher de celui des autres pays européens. La France contient en moyenne trois fois moins d'avocats que chez nos plus proches voisins (Allemagne, Espagne, Royaume-Uni, Italie).

Ces avocats étrangers sont d'ailleurs très présents sur Paris et la région parisienne (surtout à la Défense) et regroupés dans de gros cabinets anglo-saxons, traitant essentiellement le droit international des affaires.

L'ANAAFA, pour établir ses statistiques, décompose les cabinets d'avocats en trois catégories : les collaborateurs, les avocats individuels et les groupements (association, société civile professionnelle et société commerciale). En effet, l'exercice de la profession peut se faire sous des formes diverses et variés, bien plus nombreuses que dans d'autres professions.

L'avocat individuel est le plus facile à appréhender. Cet avocat travaille seul, au besoin avec un secrétariat. Il peut également travailler avec d'autres avocats dans les mêmes locaux, chaque avocat étant totalement indépendant des autres. Ils ne partagent ensemble que les frais structurels, c'est à dire tous les frais liés au fonctionnement du cabinet (loyer du cabinet, rémunérations des salariés, loyers des différents équipements et éventuellement les frais variables de téléphone, de correspondance, de consommables ...)

Le groupement est composé de plusieurs avocats plus ou moins liés au niveau de leur clientèle et de leurs honoraires. Cela peut aller à la mise en commun des honoraires du cabinet, chaque avocat conservant sa clientèle propre au partage total dans lequel tous les clients du cabinet sont clients de la structure elle-même et non d'un avocat en particulier.

Reste le point le plus obscur pour le client, c'est à dire le collaborateur. Contrairement à ce que le client croît parfois et il n'est souvent pas détrompé, le collaborateur n'est pas un assistant juriste mais un vrai avocat, au même titre que l'avocat que le client est venu consulter.

La profession étant ce qu'elle est, plus l'avocat gagne de l'argent, plus ses charges sociales augmentent en proportions absolument délirantes. Je reviendrai sur ce point dans un futur article pour expliquer pourquoi un avocat coûte si cher. Ainsi, l'avocat, pour maintenir sa rémunération, doit absolument augmenter constamment son chiffre d'affaires, donc facturer plus et travailler plus. Comme il n'est pas possible de tirer à l'infini sur la corde, l'avocat est obligé à un moment donné de prendre un autre avocat, sous le statut de collaborateur.

Cet avocat, souvent jeune, a ainsi la possibilité de démarrer dans la profession, sans être lâché à l'aveuglette. En effet, alors même que la formation théorique juridique est à peu près équivalente entre tous les avocats, la profession nécessite une certaine pratique avant de s'y sentir à l'aise, pratique qui ne s'apprend qu'auprès d'autres avocats plus expérimentés pour lesquels le collaborateur travaille.

En apparence, il a un statut comparable à celui d'un salarié travaillant pour un avocat "patron". En réalité, ce "patron" est juridiquement l'un de ses clients, au même titre que les autres, même si évidemment au niveau financier, c'est son client principal, sans lequel, le collaborateur ne pourrait exercer sa profession. Situation un peu schizophrénique, n'est-ce-pas ?

Sauf très rares exceptions, tous les avocats ont un jour été simples collaborateurs.


Bref, passons, j'aurai l'occasion de revenir sur le sujet.

Pourquoi m'être largement étendu là-dessus ? Tout simplement pour vous faire mieux comprendre les différences au niveau des chiffres d'affaires et des revenus entre ces trois catégories.

Depuis 20 ans, le nombre de collaborateurs a augmenté de manière très importante, la proportion de femmes l'étant également. En moyenne, un avocat sur trois est un collaborateur et entre 60 à 70 % d'entre eux sont des femmes.

Le chiffre d'affaires des collaborateurs est environ trois fois moins important que celui des avocats individuels, eux-mêmes environ deux fois et demie moins important que celui des avocats appartenant à un groupement et l'écart se creuse d'année en année entre ces trois catégories.

Concernant les revenus de chacun, c'est à dire l'argent qu'il reste pour vivre lorsque toutes les charges ont été acquittées (charges sociales et charges structurelles), les collaborateurs se retrouvent au mieux avec une rémunération correspondante à un salaire de cadre en début d'activité, au pire avec celui d'un simple employé. Certains collaborateurs vivent ainsi avec un revenu inférieur à celui de la secrétaire de leur cabinet.

Concernant les avocats individuels, les situations divergent grandement. Certains avocats sont à la limite de mettre la clef sous la porte (environ 10 % de la profession). D'autres vivent confortablement, en ayant un revenu équivalent à celui d'un cadre supérieur d'une grande société.

Les champions toute catégorie sont bien évidemment les avocats associés des grands cabinets parisiens comprenant des dizaines, voire des centaines d'avocats. Ils culminent aux revenus les plus élevés du secteur privé (ceux avec cinq chiffres par mois).

Pour ce qu'il est des charges, il n'existe que deux grandes catégories, celle des collaborateurs qui n'ont qu'à acquitter leurs charges sociales (les charges structurelles étant intégralement pris en charge par le ou les avocats "patrons"), ce qui représente environ 40 % de leur chiffre d'affaires et celle des autres avocats qui acquittent charges sociales et charges structurelles, ce qui représente entre 60 à 70 % de leur chiffre d'affaires, parfois plus.


On voit donc ici tout l'intérêt de l'avocat à se regrouper avec d'autres confrères. La concentration permet de réduire les charges structurelles (même si cela n'est pas vraiment visible statistiquement) mais surtout d'améliorer la rentabilité du cabinet.

Or, les avocats des grands cabinets ne représentent que 25 % de l'effectif total de la profession et sont surtout localisés sur Paris et dans les plus grandes villes de France.

L'avocat que le justiciable particulier ou le dirigeant de PME risque d'avoir à rencontrer se range plutôt dans les deux autres catégories qui sont bien loin de correspondre à l'image de l'avocat, notable nanti, qui est pourtant encore bien trop souvent véhiculé aujourd'hui.